Le blogde Chapal & Panoz

Page de titre

Que nous le voulions ou non, la page de titre d’un livre numérique a quasiment le même impact qu’une couverture. De fait, puisque certains gros revendeurs ont décidé d’ouvrir le fichier sur la première page de texte, je pense même que la page de titre est devenue the new cover1 : elle constitue la première rencontre profonde2 entre l’ouvrage et le lecteur dans bien des cas. Il nous est certes possible de tricher pour afficher la couverture à la première ouverture du livre mais le par défaut m’intéresse davantage dans cet article. De toute manière, les niveaux de gris des écrans e-Ink ne rendront pas forcément justice à bien des couvertures.

La page de titre va donner le ton, suggérer le design du livre et donc inséminer des préjugés3 dans l’inconscient du lecteur. Parce qu’elle s’est vue attribuer ces fonctions, elle perd donc son caractère purement informatif (paratexte éditorial ou front matter chez nos amis anglo-saxons) pour gagner une signification esthétique voire artistique.

Historiquement, une page de titre « référence à la fois le contenu et le contenant, et ajoute au texte le discours de la marchandise » (Roger LAUFER). Nous pourrions donc dire que la page de titre numérique référence à la fois le contenu et le contenant, et ajoute au texte un aperçu de la mise en pages qui lui a été appliquée.

Par extension, puisque la mise en pages est censée servir le texte, cette page de titre rendra également compte du sujet ou des thèmes du livre4 puisqu’il n’existe pas, à proprement parler, d’incarnation numérique de la quatrième de couverture. Cela se fait beaucoup dans l’édition anglo-saxonne (voir 1984 ou Fahrenheit 451 pour s’en convaincre) ou chez certains éditeurs français. N’oublions pas qu’il nous est aussi possible de le faire et que nous ne sommes pas obligés d’aller vers la simplification extrême de nos designs numériques.

Aussi, en plus d’informer, la page de titre numérique est susceptible de séduire, d’autant plus que les lecteurs peuvent télécharger des extraits avant d’acheter. La page de titre gagnant donc ici un caractère mercatique, presque toutes les « fantaisies » sont à considérer : graphisme, typographie léchée, effets visuels voire dynamiques, polices à la personnalité affirmée, illustrations, etc. D’ailleurs, si votre fichier n’a aucune couverture, certaines liseuses afficheront la page de titre — en réalité première page du fichier — dans leur bibliothèque.

Pour aller plus loin, nous pourrions même imaginer cette page de titre comme une page de contact. Ici pourraient se trouver les liens pointant vers le site et les comptes sociaux de l’auteur, voire de l’éditeur. La page acquerrait une partie de la fonction d’une page, d’un widget ou d’un pied de page Social que l’on trouve sur les sites web et blogs5. Reste qu’il est très difficile de changer les automatismes que les lecteurs ont développé envers la page de titre d’un livre papier. Des liens non indiquées passeraient tout simplement inaperçus.

L’enjeu est de faire comprendre qu’une page de titre numérique n’est plus la page de titre que nous connaissons, même dans un livre homothétique. Pour le moment, je vois surtout des gens tricher afin d’afficher la page de titre comme dans un livre papier, quitte à la faire passer en image afin que le logo de l’éditeur soit bien placé en bas de page. Je trouve cette dernière chose profondément idiote, d’autant qu’elle démontre qu’il n’y a dans ce cas aucune considération d’accessibilité6 de la part des designers qui se le permettent. Vaut-il mieux une image en guise de page de titre afin que le logo soit affiché au bon endroit, ou est-il préférable que le logo soit un peu décalé mais qu’il pointe vers le site de l’éditeur et, surtout, que les lecteurs se voient faciliter la découverte de son catalogue ? Il me semble que ces mauvaises pratiques sont profondément reliées à l’idée fausse de la page-écran.

* * *

  1. Pardonnez l’expression idiomatique anglaise, elle a simplement plus de sens que la traduction littérale que nous pourrions en faire.
  2. Nous parlons ici de contemplation ou, tout du moins, d’une phase où une suffisamment grande attention est portée au livre par le lecteur, plus qu’à une miniature de couverture dans une boutique en ligne en tout cas.
  3. Pas péjoratif ici.
  4. Sans tomber nécessairement dans la caricature, bien évidemment.
  5. Pour autant, il n’est nullement question d’y insérer la biographie de l’auteur.
  6. Et le handicap dans tout ça ?

1 Comment

  1. Claude Mongrain
    13 décembre 2012

    « Pardonnez l’expression idiomatique anglaise, elle a simplement plus de sens que la traduction littérale que nous pourrions en faire.  »
    Bin non, je ne pardonne pas les français qui trouvent que l’anglais a « plus de sens ».